Fillon menage le chou et la chèvre à Pekin

Truffée de pièges, la mission de François Fillon en Chine est considérée comme accomplie par le Premier ministre, qui a fait preuve de discrétion sur les sujets de discorde pour réchauffer les relations avec Pékin.
Envoyé par Nicolas Sarkozy, François Fillon est arrivé dimanche dans la capitale chinoise, au lendemain du demi-échec de Copenhague et alors que la Chine tire la croissance mondiale, plaçant ses interlocuteurs en situation délicate.

Il s’est donc contenté de préparer le terrain, tant commercialement que diplomatiquement, à la visite que le président français effectuera en Chine au printemps 2010.

"J’avais pour mission de remettre les relations franco-chinoises sur les rails. Je crois que cette mission a été accomplie", s’est félicité François Fillon mardi, lors de sa conférence de presse de clôture.

Plusieurs sources gouvernementales ont affirmé que la rencontre avec son homologue chinois Wen Jiabao s’était bien déroulée, durant 20 minutes de plus que prévu.

"Vous êtes parvenus à un consensus intéressant avec le Premier ministre", lui a dit le président chinois Hu Jintao.

Marchant sur des oeufs après les critiques de Nicolas Sarkozy sur le comportement chinois à Copenhague, François Fillon s’est en effet mis d’accord avec Wen Jiabao sur une position commune: chaque pays a fait ce qu’il pouvait.

"Je respecte les positions qui sont celles de chacun des pays qui participaient à cette conférence, parce que chacun à ses exigences, ses propres défis à relever", a-t-il dit mardi devant des étudiants chinois à l’université de Beihang.

"LES CHOSES VONT MIEUX"

Sur le sujet des droits de l’homme, le Premier ministre a estimé que la Chine n’avait pas besoin de sa visite pour connaître la position de la France et s’est retranché derrière l’Union européenne, qui a adopté une position commune.

L’aide française en matière technologique et éducative, avec la formation d’avocats et magistrats chinois, "est beaucoup plus utile que de grandes déclarations sans lendemain", a-t-il dit.

"La Chine est un immense pays qui doit régler ses problèmes par lui-même et c’est folie que de penser que c’est de l’extérieur que l’on fera changer tel ou tel aspect de la vie en Chine", a résumé le Premier ministre.

"Et de la même façon, la France est une très vieille démocratie où la parole est libre, où chacun s’exprime comme il l’entend. C’est notre tradition. Le gouvernement chinois doit l’accepter", a-t-il ajouté.

Pour le secrétaire d’Etat aux Transports, Dominique Bussereau, le bilan de la visite est bon : "Les choses vont mieux qu’elles ne sont allées à un certain moment."

Mais bien que les patrons français affirment que la brouille diplomatique n’a pas joué sur leurs relations commerciales avec Pékin, la moisson de contrats a été faible.

Le seul accord notable est signé par Safran et l’Américain General Electric pour la fourniture du moteur du futur avion chinois, le C919.

LA FRANCE À LA TRAÎNE EN CHINE

Pour le reste, la France a passé des accords de coopération et de transferts de technologie, et la poursuite de la construction et l’ingénierie de la future centrale nucléaire de Taishan sera bien assurée par EDF et Areva.

L’application de la lettre d’intention pour l’achat de 20 A350, signée en 2006, reste en souffrance, même si Louis Gallois, P-DG d’EADS, a dit ne pas désespérer.

Il espère aussi vendre à Pékin des hélicoptères EC175, fabriqués par sa filiale Eurocopter et un partenaire chinois.

Sur les transports, troisième point fort français en Chine, Dominique Bussereau a indiqué que la présence de cadres d’Alstom avait pour seul objectif "de rester dans le jeu".

"Dans le ferroviaire, le jeu va devenir difficile…mais jouable", a-t-il dit à Reuters.

Pour le reste, la France reste à la traîne. Elle n’est que le quatrième investisseur européen en Chine et ne pointe qu’au 14e rang mondial.

"Nous sommes très concentrés sur un certain nombre de produits et d’autres pays peuvent développer une gamme beaucoup plus grande", a reconnu Louis Gallois, présent à Pékin.

François Fillon a enfin transmis la critique de Paris sur la faible flexibilité du yuan et souhaité que la Chine participe à la refonte du système monétaire mondial, que la France entend mettre en place lorsqu’elle présidera le G20, en 2011.

Deux jours de discussions diplomatiques, commerciales et monétaires ont conduit François Fillon, émissaire de Nicolas Sarkozy, à inverser les rôles dans un lapsus inachevé.

Il a rappelé, devant les étudiants de la promotion François Fillon de Beihang, que 2010 serait le théâtre de "la venue pour l’inauguration de l’exposition de Shanghaï du Premier min…du président Nicolas Sarkozy". cw<

Vous pouvez laisser un commentaire ou vous inscrire au flux et recevoir les dernières nouvelles.

Laisser un commentaire

*