L’EDF a-t-il abandonné la France ?

Selon Le Parisien, un rapport de la CRE dénonce une dégradation du réseau électrique français. Les choix stratégiques d’EDF, très investi à l’étranger, pourraient en être la cause. L’avis de Jacques Percebois, président du CREDEN.

Dans un rapport d’étape révélé ce mardi matin par le Parisien, la CRE (Commission de régulation de l’énergie) pointe du doigt la dégradation du réseau électrique français. Qu’en est-il ?

Depuis plusieurs années, la CRE met en garde EDF contre la dégradation du réseau électrique français. La durée de coupure électrique en France s’est allongée ces dix dernières années. Et le réseau, qui souffre régulièrement de tempêtes mais aussi de son vieil âge, n’a pas fait l’objet de l’investissement nécessaire. Par exemple, la France reste l’un des pays où l’enfouissement des câbles électriques est le moins abouti. Néanmoins, il faut mettre un bémol à ce constat. Le réseau français est particulier en ce sens qu’il est très étendu, et qu’il doit desservir de nombreuses campagnes, avec une faible densité de population, ce qui peut expliquer en partie qu’EDF n’en ait pas fait une priorité.

En parlant de priorités, certains mettent en avant le fait qu’EDF ait délaissé la France au profit d’investissements tous azimuts à l’étranger.

Ce n’est ni complètement juste, ni complètement faux. Pendant quelques années EDF a effectivement investi de toutes parts à l’étranger. Notamment en Amérique du Sud où il n’avait pas forcément sa place. Mais avec l’arrivée de Pierre Gadonneix à la tête de l’entreprise, nous avons observé un réel recentrage d’EDF sur certaines pays, comme la Grande Bretagne, l’Italie, l’Allemagne, les Etats-Unis et la Chine. Or il est difficile de reprocher à EDF son développement international : face à la concurrence européenne, il n’aurait pas pu rester un acteur franco-français.

Jacques Percebois est un économiste français. Il dirige le CREDEN, le centre de recherche en économie et droit de l’énergie, et a fait partie en 2009 de la Commission Champsaur, chargée par le Gouvernement de réfléchir à l’évolution des prix de l’électricité et à leur encadrement.

Parallèlement, EDF a vraisemblablement délaissé un peu la France, qu’il soit question de ses réseaux mais aussi de son parc nucléaire. Aujourd’hui le taux de disponibilité de ce dernier n’est que de 78% alors que l’objectif à 2011 était d’atteindre les 85%. Les problèmes techniques, les grèves mais aussi le manque d’investissements y sont pour quelque chose.

Néanmoins, il ne faut pas  se tromper de cible. Les investissements étrangers d’EDF ont tous été financés par l’emprunt et non grâce aux deniers du consommateur français. En clair, si l’on peut reprocher à EDF de ne pas avoir fait de la France sa grande priorité, on ne peut pas lui reprocher d’avoir investi ailleurs grâce à l’argent gagné en France.

Selon François Brottes, député PS de l’Isère, cité par le Parisien "la voilure a été clairement allégée depuis la privatisation d’EDF", notamment avec une forte réduction d’effectifs. EDF manque-t-il de personnel ?

Pour faire face à la concurrence EDF a rationalisé ses dépenses, et aussi ses effectifs. Mais de là à dire que ces derniers sont aujourd’hui insuffisants en France, je ne sais pas.

Quel est le positionnement d’Henri Proglio sur le sujet ? Va-t-il faire de la France une nouvelle priorité ?

En réalité, il n’a pas vraiment le choix. Le paysage français de l’énergie est en train de subir une véritable métamorphose, et l’ancien groupe public ne pourra pas garder sa position de leader en France s’il ne procède pas rapidement à des investissements. Entre la libéralisation du marché de l’électricité, le renouvellement attendu des concessions hydrauliques, l’arrivée de nouveaux concurrents compétitifs grâce à la loi Nome, ou encore le marché des énergies renouvelables sur lequel il est moins à la pointe, EDF va être obligé de se recentrer sur le cas français. Ne serait ce que pour préserver la base historique de sa réputation. Henri Proglio d’ailleurs l’a bien compris puisqu’il a défini la productivité du parc nucléaire français comme sa priorité numéro 1.

Stratégie qui passera par une augmentation des tarifs d’EDF… ?

Certainement. Si EDF investit sur ses réseaux électriques, cela va faire augmenter le coût des péages fixés par la CRE, et donc par incidence le coût de l’électricité. Par ailleurs, pour investir dans le nucléaire, EDF demande au gouvernement une augmentation des tarifs réglementés. Chose qui ne semble pas complètement illogique lorsqu’on connaît la faiblesse du prix de l’électricité en France par rapport aux autres pays européens.

EDF a-t-il vraiment besoin de cette augmentation des prix ? Ses résultats semblent toujours excellents.

Attention là encore à l’amalgame. Aujourd’hui la bonne santé d’EDF est due en partie à sa stratégie internationale. Désormais la moitié de son chiffre d’affaires se fait à l’étranger, et proportionnellement, ce sont ces ventes à l’étranger qui progressent le plus. Si l’on n’accepte pas qu’EDF investisse à l’étranger les bénéfices faits en France, alors il serait illogique de demander à EDF de financer les investissements français avec des profits réalisés à l’étranger.

Vous pouvez laisser un commentaire ou vous inscrire au flux et recevoir les dernières nouvelles.

Laisser un commentaire

*