Un avocat français s’installe en Chine

Un avocat français s’installe en Chine

 

De la Californie à Israël, l’avocat d’affaires parisien Daniel Kahn s’est forgé une solide réputation auprès des entreprises technologiques et informatiques. Fasciné par son potentiel encore inexploité, il entend faire de la Chine son nouveau terrain de prédilection.

« La Chine ? Il faut y aller pour se rendre compte de ce que cela représente, du potentiel de ce pays ». D’entrée, Daniel Kahn esquisse, en une phrase presque banale, la fascination qu’il a pour l’Empire du Milieu. Celle-ci prend racine à la fin des années 1970… aux États-Unis. Étudiant en droit à Strasbourg, il choisit de poursuivre sa formation outre-Atlantique. Il débarque à Chicago, et y entame sa carrière au sein de deux cabinets américains. Au bout d’un an, il rejoint sa patrie d’origine et la branche française du cabinet. « C’était avant l’ère de l’informatique : on n’avait même pas de fax, on travaillait avec des machines à boule et du papier carbone », se remémore Daniel Kahn. Justement, parmi les clients américains de son employeur américain figurent ceux qui deviendront les premiers géants de l’informatique mondiale.

Pour eux, Daniel Kahn traduit en français des contrats de licence de logiciels et les assiste dans leur implantation en France : un exercice encore rare à l’époque. Au fil des ans, il se mue en conseiller privilégié de nombreux acteurs du marché high-tech. En parallèle, les années 1980 voient les technologies, et notamment l’informatique, façonner une société nouvelle : elle conquiert les entreprises, puis les particuliers, et son essor est plein de promesses. Enthousiaste, Daniel Kahn entend participer à cette révolution.

En 1988, il créé son propre cabinet, sans même avoir alors un seul client. Il s’envole pour la Silicon Valley, démarche ses premiers prospects parmi la kyrielle d’entreprises innovantes installées là-bas, et assoit sa légitimité au fil des contrats. Aujourd’hui, le cabinet créé par Daniel Kahn emploie une cinquantaine de personnes, dont une trentaine d’avocats – un changement d’échelle accéléré par l’arrivée d’Internet. Premier avocat français sur Internet, depuis 1992 lorsqu’il assistait NeXT, la société de Steve Jobs, il suit et participe à tous les développement d’internet, du commerce électronique et plus généralement du on-line. Généraliste, Kahn & Associés exerce en droit des affaires, en droit social, accompagne des levées de fonds et des introductions en Bourse… Ses clients français et internationaux opèrent à 80 % dans l’univers des technologies : hardware, software, Internet, e-commerce, biotechnologies, Green IT, médias…

« Je suis persuadé que la Chine, à moyen terme, deviendra la 1ère puissance mondiale, et placera plus de trois de ses entreprises dans le top 10 mondial. Nous assistons déjà à un flux d’acquisitions de sociétés européennes par des sociétés chinoises. Il y en aura beaucoup d’autres, et nous ambitionnons de jouer un rôle dans cette évolution. »

 

Daniel Kahn,
fondateur du cabinet Kahn & Associés

À la conquête de la Chine

À l’occasion d’un voyage en Chine, il y a une vingtaine d’années, Daniel Kahn tombe sous le charme. La dynamique chinoise, l’ébullition qui agite le pays lui font pressentir. La Chine est alors considérée principalement comme un sous-traitant des grandes entreprises occidentales : lorsque l’avocat français y revient, au début des années 2000, la donne a changé, mais la vitalité industrielle est la même. « L’évolution actuellement en cours là-bas est hallucinante : au niveau des infrastructures, de la logistique, de la production… Dans les métiers technologiques, les chinois ne sont plus l’usine du monde : ils développent désormais des produits complexes, qu’ils ne se contentent plus de fabriquer ou d’assembler ». Séduit par ce potentiel inouï, Daniel Kahn décide de prendre une part active à sa concrétisation. Il décide de nouer des liens entre ses clients français désireux de s’implanter en Chine et des entreprises locales, et d’accompagner le développement de ces dernières en Europe – notamment en France.

Première barrière à franchir, celle du décalage culturel et linguistique : « Pour faire des affaires avec la Chine, il faut soit être chinois, soit avoir dans son équipe un chinois d’origine », explique l’avocat parisien. Qu’à cela ne tienne, le cabinet français recrute une avocate chinoise, parlant mandarin et cantonais. Mieux : en octobre 2009, Kahn & Associés signe un partenariat avec le cabinet JunZeJun, qui emploie 240 personnes dont 150 avocats à Shanghai, Beijing et Shenzhen. Grâce à cet accord, qui lui confère une solide connaissance du marché et du système juridique chinois, le cabinet peut offrir à ses clients un service global pour leurs opérations en Chine. « Il était important pour nos clients de pouvoir se reposer sur les compétences d’un cabinet chinois. D’autant que JunZeJun a recruté de jeunes avocats français, israéliens, anglais, espagnols, italiens : nos clients disposent ainsi sur place d’une personne de confiance, compétente, à l’aise avec les deux cultures, et capable de faire l’interface dans leur langue », se félicite Daniel Kahn.

Des échanges économiques… et culturels

Le relationnel et la confiance jouent un rôle prépondérant dans la réussite ou l’échec d’un projet international. Daniel Kahn le sait, et en a fait l’un de ses atouts-maîtres. « Les aspects humains me passionnent, et mes interventions s’étendent souvent au-delà du rôle d’avocat. Mettre les gens en contact, accompagner leurs projets y compris au plan stratégique, tout en leur apportant les services traditionnels d’un avocat d’affaires : voilà ma conception du métier ». Et pour développer cet aspect relationnel, Kahn & Associés ne ménage pas ses efforts. Le cabinet organise régulièrement des rendez-vous avec des entrepreneurs français, pour leur présenter l’infini champ des possibles qu’incarne la Chine. En juillet dernier, Daniel Kahn a même organisé une délégation de 40 dirigeants de PME hexagonales, parmi lesquelles de nombreux acteurs du Web, pour leur faire découvrir le pays et initier des contacts avec des acteurs économiques locaux.

Réciprocité des échanges oblige, Daniel Kahn espère recevoir à Paris, en 2011, une mission d’entrepreneurs chinois. Pour le tissu économique français, l’enjeu est de taille : « Je suis persuadé que la Chine, à moyen terme, deviendra la 1ère puissance mondiale, et placera plus de trois de ses entreprises dans le top 10 mondial. Nous assistons déjà à un flux d’acquisitions de sociétés européennes par des sociétés chinoises. Il y en aura beaucoup d’autres, et nous ambitionnons de jouer un rôle dans cette évolution ». À défaut de nager avec les requins, Daniel Kahn a choisi d’accompagner l’envol du Dragon. Et le ciel n’a pas de limites…

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